Paysan
Paysan. Pré vert de trèfle et de luzerne. Silence d’une vie en berne, Le pâturage déserté, Par décret sur papier glacé. Vent d’amertume sur pré vert, Cheptel condamné par l’hermine. Abattage dans l’univers, De notre vache limousine. Le corbeau vole au ras du sol, Sous un ciel gris qui se désole. Dans le vide, les cloches sonnent, Comme une plainte qui raisonne. Du fond des âges et des coeurs, Des coeurs du royaume de France. Des troubadours et laboureurs, Condamnés pour leur innocence. L’artisan de nos paysages, Cet homme au rustique langage, Plus sage que tous les prévôts, Au loup noir, il tourne le dos. Le gueux voué à l’échafaud, Et cheptel à l’équarrissage. Le glas que sonnent les dévots, Gèle la place du village. Ce soir, le paysan s’endort, Femme et enfant rêvent encore. Pré vert de trèfle et de luzerne, Pour notre blonde d’Aquitaine. Christian Castelli Singevert